Partie II  Langues enseignées à Saint-Antoine


Allemand

 

Série n°1 :  Quelques rares mots liés à la phase pubertaire ou à des insultes. Aucun intérêt.

Série n° 2 : Mots qui ont pu être nommés sans stimulus extérieur par prérequis :

16 mots sont marqués par des voyelles très fermées, majoritairement le „i“ , puis le « ü ». Les voyelles antérieures dominent clairement : « i » , puis « a » ou « ae », « ø » ou « y » et un seul « e ».  La liquide « L » domine très largement. De nombreux  mots comportent une occlusive vélaire sourde K :  Katze, Schneeflocken, Süßigkeiten (4), klug, Knacki (2), verknallt. Puis arrivent les fricatives labio-dentales W, puis F. Les occlusives nasales viennent compléter les précédents sans être dominantes. Trois  mots comportent l’aspirante H : der Himmel (2), hallo,  hübsch. Les sifflantes et chuintantes sont sous-représentées. Deux  mots comportent la fricative vélaire CH : Sprache,  Nacht. Les occlusives bilabiales sont très peu représentées.

 

Série n° 3 : Mots clairement non connus au départ mais entendus dans le cadre d’un cours ou d’un fait ponctuel :

Quand les mots sont amenés par les cours, la variété des sons est plus grande. La consonance générale est d’une aperture plus grande, mais en revanche les sons retenus sont beaucoup plus occlusifs et vélaires. La glottale et l’aspiration due aux occlusives sourdes apportent une sonorité plus rythmée et sèche. Cette fois, les mots sont marqués surtout par des voyelles ouvertes et semi-ouvertes, majoritairement le „a“ , puis le « o » et les dérivés « ae », « ao », « oi »  et le « ä ». ). 5 mots seulement frappent par leurs voyelles fermées, surtout le « u » puis  le « i » . Les voyelles antérieures dominent très clairement : « a » ou « ae », « ä ».). Les voyelles postérieures sont très sous-représentées,   majoritairement „o“ .La liquide « L » est très représentée, presque 40%. Les sifflantes et chuintantes sont très bien représentées. Huit mots contiennent des affriquées (majoritairement TZ,  très peu de PF, KS, …. Trois   mots comportent la fricative vélaire CH : Lauch, Nachwuchs, Nachteil. Les fricatives labio-dentales W, F sont peu représentées. ;L’ occlusive vélaire sourde K et les occlusives bilabiales sont très très peu représentées.  Un seul mot comporte  l’aspirante H : Geheimnis

 

Série n°4 : mots choisis davantage par le signifié que la consonance du signifiant :  Liebe   Katze   Essen    Knacki®

 

Enseignements possibles

 

Il y a clairement deux catégories de participants:

  • Ceux qui ont glissé un mot qu’ils connaissaient déjà depuis quelque temps, voire depuis longtemps.
  • Ceux qui l’ont entendu dans un cours récemment et l’ont apprécié pour diverses raisons.

Les premiers ont retenu des mots qui correspondent à une sensibilité proche de la langue française: les mots contiennent essentiellement des voyelles ouvertes, quasi toutes antérieures. Ils évitent les sons qui fâchent comme le H aspiré, la fricative vélaire ou palatale CH et les consonnes affriquées. La mémoire sélectionne donc dans un registre qui tend vers les reflexes français. L’occlusive sourde K est étonnement récurrente, ce qui nous pousse à penser que la région peut influer aussi sur la réception de ces mots. Sinon les liquides dominent largement avec les fricatives F et W.

Les seconds participants démontrent l’impact très positif des cours à tous les niveaux car ils abandonnent le réflexe décrit précédemment, et qui en résumé tend à la simplification, pour choisir des mots à la structure plus complexe ou avec des sons moins habituels pour les francophones.Les voyelles très fermées de l’allemand comme le i long ou le U apparaissent soudainement. Le nombre de syllabes n’effraie plus, les consonnes affriquées reviennent très fréquemment, notamment le TZ ou Z. Les sifflantes et chuintantes dominent sur les autres consonnes.

 

1) Le réservoir de mots dans cette langue ne sort pas de l’école. Les élèves ont donc choisi automatiquement des mots qu’ils ont retenus dans leur scolarité. De ce fait, le cours d’allemand a deux vocations complémentaires: premièrement, il apporte les mots en situation, mais il doit se substituer à la réalité de la vie quotidienne pour apporter de la diversité, de l’authenticité du mode de vie allemand. Les médias allemands ne sont pas présents dans la vie des jeunes, ils ne regardent pas les films en VO. Les sources possibles sont la musique avec Rammstein ou les matchs de football que les parents regarderaient en allemand.
2) L’activité montre une réaction instinctive intéressante qui tend à prouver qu’un mot en apparence peu attrayant sur le plan phonétique pour un germanophone peut prendre une valeur affective très personnelle; la motivation provient de phénomènes différents: certains trouvent un mot joli dans sa consonance parce qu’ils ont réussi à le mémoriser, à le prononcer, à le réutiliser de manière récurrente sans faire d’erreur. D’autres sont fiers de rehausser leur lexique et d’avancer dans la capacité langagière: ils accordent du coup une attention particulière à ces termes à vocation presque identitaire. le mot devient sa signature tant il aime le reprendre dès que cela est possible.

Espagnol

 

Les mots déposés en espagnol sont peu nombreux mais ils démontrent un aspect récurrent dans notre analyse: une prédisposition pour les francophones à choisir des mots comportant des voyelles antérieures (A, AI, E, IE, I). Comme pour l’italien dans l’article 1, cela tient d’abord au fait que les triangles vocaliques de ces trois langues latines sont manifestement apparentés. L’espagnol a le triangle vocalique le plus simple, cela avantage le français dans la reproduction des sons. Dans les illustrations ci-dessous, les voyelles noires sont celles du français par comparaison avec les voyelles espagnoles bleues et latines en lila (pour autant qu’on sache réellement comment étaient vraiment prononcées ces voyelles).

On a souvent constaté que les sons que le francophone n’arrive pas à prononcer facilement ou sans effort de concentration sont boudés. Pour l’allemand, c’est le CH, pour l’anglais le TH et pour l’espagnol ce sont les fricatives dentales C/Z et  vélaires J/G qui sont sous-représentées dans les mots déposés et d’ailleurs pas forcément choisies par un élève mais plutôt par un adulte, comme par exemple le mot « azulejo » qui comporte les deux sons espagnols inhabituels pour les francophones. En prononçant les mots « mujer » et « mejor », les membres du groupe d’analyse confirment ne pas trop apprécier l’association de la vélaire J et du R juste un peu roulé derrière. Cela ôte aux mots son caractère plaisant à entendre. Tout au plus, on aime l’entendre prononcer par un natif, mais on ne l’apprécie pas forcément pour soi-même. Aimer entendre et aimer dire sont deux actes distincts.

En lisant les mots espagnols, le groupe d’analyse a clairement eu l’impression que l’origine latine méridionale de cette langue facilite sons accès aux francophones et augmente la sonorité agréable  à entendre.

Chinois

 

La moitié des mots déposés dans cette langue sont composés d’un seul caractère ou idéogramme; ceci peut induire en erreur le francophone car un seul idéogramme ne signifie pas forcément des mots monosyllabiques au niveau de la prononciation. La richesse du triangle vocalique chinois, et notamment au niveau des diphtongues, fait que la sonorité obtenue donne pour certains observateurs l’impression d’une ondulation agréable à l’oreille comme dans  (niăo)  ou  (huà).  

La moitié  des mots choisis comportent le 4ème ton accessible pour les francophones, le second ton le plus représenté est le 3ème caractérisé  par son ton descendant qui remonte dans les aigus que les élèves entendent et pratiquent tous les jours avec 你好 (nǐhǎo) pour saluer leur professeur (lǎoshī).  

Des consonnes  affriquées reviennent souvent comme « dz », « dj », « tch ». Mais dans ce cas aussi, nous pensons que le son prononcé est certes agréable à l’écoute quand il est prononcé par un natif, mais pas forcément bien prononcé par l’étranger car ces sons en apparence proches de l’anglais ou du français ont un point d’articulation différent et la langue est parfois plus repliée vers l’arrière qu’en français. C’est très difficile à obtenir.  Du point du sens, les mots retenus sont des mots simples, probablement des premières leçons des cours. 

Latin

 

Un peu moins dune vingtaine de mots latins ont été déposés dans l’urne. Certains mots sont rigolos à la lecture comme dans leur sonorité. Il n’est pas sûr que les mots soient issus d’un texte vu en classe, mais aussi d’un tirage au sort dans un dictionnaire latin ou sur internet puisque le Gaffiot est en ligne actuellement. L’analyse des sons révèle que les mots retenus reflètent davantage l’image véhiculée par la langue comme langue ancienne, sérieuse voire ennuyeuse. Il est étonnant de constater que les mots choisis comportent majoritairement des « U », donc une voyelle fermée postérieure. Nous pensons que c’est un des clichés du latin chez nous: pour faire un mot latin on ajoute « -us » ou « -um » à la fin du mot : temple > templum, mur > murus. Quelques-uns jouent néanmoins avec les allitérations ou les sonorités vivantes des liquides L et R. Il est vrai que le mot « bulbulus » reflète très bien l’image qu’on peut se faire du latin à l’heure actuelle. Cela signifierait que l’on peut également choisir un mot davantage pour ce qu’il dégage ou rayonne que pour sa seule consonance. C’est un jeu en fait; on projette notre ressenti intuitif sur des mots pour les modeler dans le sens que l’on veut lui donner. L’aspect glissant ou fluide des mots retenus  frappe avec la forte représentation des sifflantes et des bilabiales. Comme dans les autres langues, certains mots ont été déposés davantage pour ce qu’ils représentent que pour leur sonorité, par exemple « carpe diem ».

Anglais

 

Série n°1 : Mots éliminés.

Comme en français, les mots vulgaires et à caractère sexuel n’ont aucun intérêt dans l’analyse car il s’agit juste de profiter de la tribune qu’offre  l’urne pour jouer de l’interdit et faire une blague de bas étage.

 

Série n° 2 : Mots simples et prononciation personnalisée

Le groupe trouve que les mots anglais sont majoritairement très simplistes. Il y a peu de mots qui sortent de l’ordinaire. Si l’on enlève les mots choisis plutôt pour ce qu’ils signifient que pour leur consonance, il reste quelques mots effectivement très jolis à entendre pour toute l’équipe. Il n’empêche que cela reste des mots très courants. Pourquoi pas!   Dans cette catégorie, on constate  une surreprésentation des diphtongues /ɑɪ/ /əʊ/ /eɪ/. Cela n’a pas surpris l’équipe d’analyse car tous confirment que ces sons ont un effet positif sur ses membres. En poussant la réflexion et en s’observant soi-même, il serait même possible de conclure que les francophones s’inventent leur propre prononciation de l’anglais pour certains sons ou certains mots qu’ils sont convaincus de bien prononcer. Cela va si loin qu’ils sont capables d’occulter la prononciation correcte et de reproduire systématiquement la leur par confort et mécanisme. L’échange a été du coup instructif car il a permis de rappeler un point fondamental en anglais pourtant martelé par les professeurs de cette langue au quotidien: il faut apprendre la phonétique du mot en même temps que le mot lui-même et ne jamais inventer une prononciation personnelle en croyant qu’une lettre se prononce toujours de la même manière. La discussion a surtout porté sur le /eɪ/ que les membres de l’équipe associent systématiquement à la lette A : beaucoup d’élèves ont réalisé qu’ils créaient carrément des nouvelles prononciations dès qu’ils introduisaient un mot anglais dans le français (mots d’emprunt) en prenant justement les sons qu’ils aiment entendre davantage. Le risque est évidemment qu’ils continuent de prononcer ce mot de la même manière quand ils parlent anglais. Autrement dit, il semblerait que l’association d’une lettre, de sa graphie et de sa prononciation soit très sensible chez le francophone. Ceci n’est pas réduit à un groupe d’élèves, mais facilement constatable dans les médias. On a l’impression qu’une prononciation normée s’installe par mimétisme indépendamment de ce qui se passe dans les pays anglophones ; c’est ici que le son agréable à l’oreille joue un rôle décisif. En faisant le tour de l’équipe, il ressort unanimement que tout le monde préfère dire et entendre /vɪnˈteɪʤ/ que /ˈvɪntɪʤ/ . Quelques-uns pensaient presque que la seconde forme était fausse!  Les mots d’emprunt illustrent par conséquent très bien le son qu’on aime et auquel on peut donner une valeur qu’elle n’a peut-être pas chez les locuteurs natifs. La confrontation avec les francophones du Québec est justement intéressante car on remarque qu’en dehors du giron formaté de la métropole, les Canadiens ne  prononcent pas spontanément les mots anglais en français comme nous: autre environnement, autre perception des langues, autre comportement.  La francisation du mot « vintage » est également visible dans le déplacement de l’accent tonique sur la dernière  syllabe. Et pourtant, malgré deux modifications phonétiques majeures,  on s’aperçoit que tous dans l’équipe ont l’impression de prononcer un mot anglais à l’anglaise. On s’inventerait presque « notre » anglais, celui qui sonne bien à notre oreille. En s’amusant à prendre d’autres mots du même type, on a constaté que ce n’était pas spécifique à ce mot puisque tous les membres de l’équipe ont dit spontanément et trouvé plus joli à entendre : /ɪmˈeɪʤ/ – /maʊnˈteɪn/ – /ʊltɪˈmeɪt/ au lieu de /ˈɪmɪʤ/ – /’maʊntɪn/ – /ˈʌltɪmət/  (image, mountain, ultimate). Le même phénomène a été constaté par l’équipe pour les mots comportant un O: autant tout le monde trouve joli d’éviter le /o/ français pour la diphtongue /əʊ/ (même si on entend davantage /oʊ/ dans leur prononciation), autant personne n’arrive à trouver agréable voire prononçable le son /ʌ/ souvent associé à la lettre O. Là encore, la graphie induit trop souvent le francophone en erreur; pour une même prononciation /sʌn/, les élèves en voient deux : /sən/ – /sɔn/ afin de discriminer « sun » de « son ». Encore une fois, la discussion a permis aux élèves de réaliser que, dès qu’on emprunte dans notre langue un mot anglais comportant le son /ʌ/ , on le transforme en  /ə/ plus facile à articuler que la première voyelle inexistante en français. 

En admettant que cela soit plus joli à entendre pour nous, en admettant que cela soit légitime de faire de la distorsion phonétique dès l’instant  où le mot entre dans notre langue avec une articulation qui nous sied plus,  il faut néanmoins rappeler à tous les apprenants de l’anglais à l’école que ceci peut conduire à des faux réflexes qu’il ne faut pas s’approprier. Il faut répéter la prononciation du professeur d’anglais sans sourciller!

 

Série n° 3: mots appris dans les cours

Un quart des mots qui ont attiré notre attention sont issus des cours d’anglais à tous les niveaux. Ici, le choix des mots est plus personnel avec des mots moins fréquents. Du coup, la même question a resurgi: comme ces mots plus complexes que dans la série n°2 comportent des sons que les francophones n’aiment pas forcément prononcer spontanément comme le TH ou le H aspiré, on demande si on peut aimer entendre un mot sans pour autant savoir en faire le même rendu phonétique. Aimer écouter ne veut pas dire forcément aimer prononcer.

L’effet de surprise joue un rôle important dans la mémorisation. On retient plus facilement des mots qu’on a aimé entendre pour la première fois ou bien des mots que l’on trouve rigolos pour une raison ou pour une autre. Le même phénomène ayant été constaté en allemand, on peut en déduire que le plaisir ou l’étonnement fugitifs favorisent la découverte d’autres mots et leur apprentissage; cela amène à penser qu’il faut aussi venir en classes de langues vivantes pour aimer entendre et découvrir d’autres sons tout en sachant quelle stratégie psychologique peut favoriser la mémorisation.

Dans la mesure où ce n’est plus un son basique qui plaît, mais une mélodie ou une association de syllabes qui provoque une réaction pas toujours explicable, les mots de cette série comportent des sons habituellement moins retenus par le francophone comme le TH, le H, les occlusives sourdes, le R. La démarche est donc positive car elle élargit le champ des sons qu’on peut apprécier quand on va au-delà de sa zone de confort représentée par la série n°2.

Dans toues les séries, on peut tirer l’enseignement suivant: le francophone choisit ses sons par habitude phonétique. Dès qu’il peut, il donne la préférence aux voyelles ouvertes et antérieures, aux consonnes  liquides et bilabiales, aux sons clairement identifiables plus qu’à ceux qui lui paraissent mâchouillés, non détectables car non imitables sans se concentrer. Beaucoup trouvent que prononcer le TH et le R anglais exigent un effort. Ils doivent y penser consciemment pour le réaliser, sinon nombreux reconnaissent glisser facilement vers le « Z ». Apprendre une langue revient à aimer le son des autres et à se les approprier par répétition dès le début pour chasser cette impression d’effort nécessaire.

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